Mon amour,
Tu me manque mon amour. Comme toujours et chaque jour un peu plus. J'ai l'impression que tu es près de moi pendant que j'écris cette lettre. Je sens ton odeur à mes côtés. Pourtant, cela ne m'apporte aucun plaisir. On ne se parle presque plus ou si peu que j'ai la sensation qu'une grande partie de mon être m'échappe tout doucement.
Ce n'est pas faute d'essayer pourtant. La nuit, quand je suis seule, je pense à toi, et quand ma douleur est à son comble tu sembles à chaque fois encore trouver un moyen de me revenir. La nuit dernière, dans mes rêves, je t'ai vue au bout d'une rue. Tu souriais. Tes yeux brillaient dans le soleil. Tu es beau. Jamais personne ne pourra égaler ta beauté. Je m'avance lentement vers toi et, quand tu te retourne enfin, je m'aperçois que je ne suis pas la seule à te regarder. « Vous le connaissez ? » me demande-t-on d'une voix plein d'envie. Et, tandis que tu me souris, je leur réponds simplement la vérité : « Mieux que mon âme. »
Je m'arrête devant toi et je te prends dans mes bras. C'est le moment que j'attends plus que tout. Celui pour lequel je vis, et quand tu me rends mes baisers je m'abandonne, la paix retrouvée.
Je caresse doucement ta joue et tu penche la tête en fermant les yeux. Mes mains sont rêches et ta peau est douce, et je crains un instant que tu ne recules, mais tu ne bouges pas, bien sûr. Jamais tu ne m'as repoussé, et c'est dans ces moments-là que je sais quelle est ma raison de vivre.
Je suis là pour t'aimer, pour te tenir dans mes bras, pour te protéger. Je suis là pour apprendre de toi et recevoir ton amour en retour. Je suis là parce que je ne pourrais être nulle par ailleurs.
Alors, comme toujours, le brouillard se forme tandis que nous nous serrons l'un contre l'autre. C'est une brume lointaine qui s'élève de l'horizon, et je sens ma peur grandir en la voyant se rapprocher. Elle s'étale lentement, enveloppant le monde autour de nous, et nous encercle comme pour prévenir toute fuite. Tel un nuage, elle recouvre tout jusqu'à ce qu'il ne reste plus que nous deux.
Je sens ma gorge se serrer et mes yeux se remplir de larmes parce que je sais que le moment est venu pour toi de partir. Le regard que tu me lances me bouleverse. Je sens ta tristesse et ma propre solitude. La douleur dans mon c½ur, qui ne s'était tue qu'un bref instant, reprend de plus belle tandis que tu te détache de moi. Puis tu écartes les bras et recules dans le brouillard où se trouve ta place et pas la mienne. Je voudrais te suivre, mais tu secoues simplement la tête car nous savons tous les deux que c'est impossible.
Le c½ur brisé, je te regarde disparaître peu à peu. Je fais un effort surhumain afin de tout retenir de cet instant, tout retenir de toi. Malheureusement, très vite, toujours trop vite, ton image s'estompe et le brouillard repart vers sa demeure lointaine. Je suis seule dans la rue et, sans me soucier de ce que pensent les autres, je baisse la tête et pleure, pleure, pleure...